Google et l’Europe : la face cachée du Droit à l’Oubli

18 avril 2016

Chiffres & Repères

Fin mars 2016, la firme Google mettait en ligne le résultat des demandes de « Droit à l’oubli » qu’elle a eu à traiter depuis le 29 mai 2014. Pour mémoire, cette obligation de mettre à disposition des internautes européens un moyen de faire valoir leur droit à l’oubli, fait suite à une longue bataille (toujours d’actualité) dans laquelle se sont notamment illustrées les autorités européennes œuvrant pour la protection des données à caractère personnel, réunies sous l’égide du G29, groupement actuellement piloté par la présidente française de la CNIL, Isabelle Falqué-Pierrotin.

Point important : cette obligation faite aux opérateurs de l’internet n’est pas spécifiquement destinée au moteur de recherche américain. Sont également concernés par ce dispositif du « Droit à l’Oubli », les « gafa » et l’ensemble des acteurs de l’internet collectant des données à caractère personnel, auprès desquels tout à chacun peut faire valoir ce droit, nonobstant une raison explicite et documentée (cf. formulaire google).

Notons qu’à date, seul Google a communiqué sur l’état des lieux des demandes adressées à la firme et du nombre d’URL qu’il lui a fallu supprimer de ses index.

Ce qui nous donne l’opportunité de commenter ses chiffres…

Surprise !

Des résultats qui cachent quelques surprises pour peu que l’on se donne la peine de rapprocher les données fournies, et qui nous permet d’apprécier des réalités bien différentes selon les pays ayant vu leurs internautes agir pour faire valoir leur droit à l’oubli.

Ainsi, Google nous fourni le top 5 des pays européens en nombre de demandes reçues et en nombre d’URL effectivement supprimées, ce qui a permis à nos commentateurs en France de se féliciter de notre première place sur ces deux points devant l’Allemagne et le Royaume-Uni, un podium complété respectivement par l’Italie et l’Espagne.

D’autres perspectives d’analyse de ces données s’offrent alors pour peu que l’on établisse :

1- Le classement complet des 34 pays européens concernés par le rapport Google sur les demandes reçues et les URL supprimées ;

2-  d’en établir le ratio pays par pays ;

3- de rapporter le nombre de demandes au nombre d’internautes, pays par pays.

Le « Droit à l’Oubli » ainsi analysé nous révèle alors quelques surprises qu’illustrent les tableaux de résultats joints à cette étude.

DroitOubli_Google_NbInternaute_EuropeDroitOubli_Google_nbdemande

Le classement pour l’analyse n° 2 est alors tout autre, puisque les 3 premiers pays à obtenir une meilleure efficience entre demandes et URL effectivement supprimées placent respectivement en tête ANDORRE (62,5 %), le LIECHTENSTEIN (45,74%) et MALTE (33,75%). Loin devant la France (30,39%), l’Allemagne (27,73%) et le Royaume-Uni (26,75%), le trio « gagnant » du premier classement.

DroitOubli_Google_nbURLvsDemande DroitOubli_Google_nbDemandevsInternaute

Plus surprenant encore, l’analyse n°3 qui considère le nombre de demandes rapporté au nombre d’internautes par pays, nous offre le podium suivant : BULGARIE (+ 0,4119%), l’ESTONIE (0,2698%) et le LIECHTENSTEIN (0,2452%). Là encore, loin devant la France (0,156%), l’Allemagne (0,1%) et le Royaume-Uni (0,08%).

Ce bouleversement des hiérarchies interpellent forcément. Bien évidemment il ne serait pas juste de n’observer celui-ci qu’à l’aune des activités économiques de ces nations, ce que l’actualité concernant les « avantages fiscaux » promus par tel ou tel  pourrait nous suggérer. Ce serait évacuer de facto, l’immense « appétit » des internautes du club des 5 mis en avant par Google, pour faire valoir ce droit, et qui résulte sans doute  d’une politique de sensibilisation très prégnante au sein de celui-ci.

Après tout, l’étonnant score de la Principauté d’Andorre peut tout à fait être relativisé : avec moins de 75.000 internautes (contre plus de 55 millions en France) ils ne sont que 5 à avoir fait valoir leur droit et obtenu la suppression de 8 URL !

Notre légitime curiosité ne peut cependant pas être totalement satisfaite, le Qui et le Pourquoi des demandeurs ayant désormais rejoint le grand espace de l’oubli numérique, et l’étonnante vitalité des internautes Bulgares sur cette thématique surprend pour le moins…

Attendons maintenant d’obtenir autre chose que la liste des principaux sites sur lesquels ce droit s’est exercé, et surtout beaucoup plus d’explications et de détails sur les demandes recalées. Dans ce domaine, les analyses de contexte ayant servi à réaliser cette étude doivent également nous en apprendre un peu plus sur ce qu’il convient de mettre en oeuvre pour que son dossier soit éligible à ce Droit à l’Oubli sur Internet.

Enfin, si l’on peut saluer la transparence de Google dans cette communication de résultats portant sur près de 2 années d’exercice, nous restons en panne d’un baromètre mensuel permettant d’apprécier l’évolution de ces demandes, et toujours orphelin d’une communication similaire des autres acteurs sollicités par les internautes européens.

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À propos de MagnaData

Hervé Manfrini est le fondateur de Magna Data, l’observatoire des pratiques de contrôle et de valorisation des données à caractère personnel au sein des organismes privés ou publics. Magna Data fait référence aux travaux des états européens qui visent à favoriser l'émergence d'une charte européenne respectueuse des droits individuels et de l'économie numérique. En savoir plus: https://fr.linkedin.com/in/hmanfrini Suivre : https://twitter.com/HManfrini

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